« Réacosphère » contre « commentateurs à œillères ».

Alors que le web se déchaine, sur la nouvelle ministre de la justice Christiane Taubira, on observe encore une fois la naissance d’un clivage artificiel qui oblitère le vrai débat.

Sous la forme classique et stérile de la rhétorique pour/contre, l’opposition se livre à un flot de calomnies, de mises en causes fausses et caricaturées ; tandis que de leur coté les chantres de la bienpensance hurlent au loup, à l’extrémisme, au racisme. Pourtant n’y a t il pas de vraies raisons pour une attaque en règle de la conception du droit de la ministre ?

« Réacosphère » contre « commentateurs à œillères »

Comme le soulignent très bien les nombreux articles des commentateurs « autorisés » de l’internet, et des médias qui « comptent » ; madame Taubira est chronologiquement d’abord victime d’une campagne de calomnie. Celle ci s’orchestre autour d’une citation à propos de drapeaux Français brulés, dont elle minimisait la gravité et la portée symbolique. Citation qui s’avère selon l’enquête du Lab d’Europe 1 fausse, qui plus est légendé d’une ou plusieurs photos « non contractuelles ».

Toulouse en 2007

Prise de vue en 2007 à Toulouse. Photo qui accompagnait les tweets et billets des prescripteurs dits de la « réacosphère ».

Les sites de l’opposition, relayent également le souvenir de l’engagement autonomiste de la ministre, qualifié « d’archéologie politique » par l’intéressée. Ces mêmes, commentateurs exhument la condamnation aux prud’hommes rendue en 2004, pour licenciement injustifié. En effet ces faits ne sont pas accablants, mais ils apprennent tout de même sur la personnalité de la ministre.

C’est alors qu’il nous faut considérer aussi l’indignation des professionnels du genre qui rejettent sans distinction extrémiste et présupposés racistes tous ces arguments pour les discréditer. On peut en effet convenir du fait qu’ils sont pour le moins caricaturaux, mais la mise sur le même plan de ce qui relève de la calomnie ou d’une critique certes ad hominem mais effective, pose tout de même question.

Le dynamitage par la caste des commentateurs « avisés » de l’argumentation de la « réacosphére » sans distinctions, n’est il pas lui aussi symptomatique d’une volonté d’éviter les vrais sujets, renvoyant tout propos critique sur la ministre comme nauséabond. C’est souvent malheureusement, la technique de l’anathème qui encore une fois décroche la timbale, forgé par les coups de boutoir médiatique l’opinion public fini alors par se cristalliser sur une vision non exhaustive du sujet, et donc forcément erronée.

Des arguments valables de critique.

Effectivement s’il on a l’envie de sauter la barrière de la caricature, d’un coté comme de l’autre, il y a pourtant bien des raisons de trouver des défauts à la ministre.

Le premier est son soutient actif et public aux institutions communautaristes type CRAN, qui a, exemple parmi d’autres, récemment soutenu l’organisation d’un nébuleux concours Miss Black France. Terrible comble d’associations qui sous couvert de l’égalité, font une ségrégation en négatif des blocages de la société. De prime abord au cœur de la république une et indivisible, un tel penchant est déjà en soi un positionnement politique contestable. Sos Rascisme rend d’ailleurs bien à la ministre ses inclinaisons, puisque son président Dominique Sopo déclarai sur itele  » Le ciblage de madame Taubira pour moi renvoie à la volonté de flatter un électorat qui estime illégitime de voir un ministre un peu trop bronzé à la tête d’un ministère régalien ». Si l’on souhaite de la caricature, autant dans l’affaire des drapeaux brulés, que dans ce genre de réactions, on touche au sublime. Une petite remarque, s’il me venais l’envie de créer le CRAB, en plus le nom est drôle, Conseil Représentatif des Associations Blanches, qu’en penserais les soutiens, du CRAN, CRIF, cela serai du plus mauvais effet non ?  Et puis d’ailleurs les tous les blanc se sentirai tous représenté par mon mouvement, est-ce le cas pour les noirs et le CRAN, les juifs et le CRIF ? Peut-on continuer à accepter, la confiscation par ces associations de la parole au nom de toute une communauté ? Ce n’est pas le modèle français, une philosophie basé sur un concept de citoyen abstrait et concret (lire la constitution).

Alors, où ce trouve, le non dit ? Ce qui est critiqué en fond, et qui l’est légitimement ? Et bien ce sont les combats communautaristes de la ministre. Vulgarisation oblige, et honnêteté intellectuelle n’étant pas requise surtout dans ce genre d’attaques, la « réacosphère » caricature, rend marketing et racoleuse sa critique.  Mais le fond est bien là, la ministre n’est pas ce que l’on peu appeler un symbole du rassemblement, son histoire politique est même très marqué par un combat communautariste. Son principal et symbolique fait d’arme, la loi éponyme sur la traite négrière.

Triste pilier du panthéon des lois mémorielles, la loi consacre comme crime contre l’humanité la traite négrière. Rien de grave en apparence, si le principe même de lois mémorielles n’étais pas problématique.  Inflexion présentée comme, un gage, une main tendue vers une communauté, la loi mémorielle est surtout un formidable atout juridique pour les associations déjà dénoncées précédemment, et leur frénésie procédurière.

La loi Taubira

Article 1er

La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.

Article 2

Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.

Article 3

Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l’océan Indien et de l’esclavage comme crime contre l’humanité sera introduite auprès du Conseil de l’Europe, des organisations internationales et de l’Organisation des Nations unies. Cette requête visera également la recherche d’une date commune au plan international pour commémorer l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage, sans préjudice des dates commémoratives propres à chacun des départements d’outre-mer.

Article 4

Le dernier alinéa de l’article unique de la loi no 83-550 du 30 juin 1983 relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage est remplacé par trois alinéas ainsi rédigés :

« Un décret fixe la date de la commémoration pour chacune des collectivités territoriales visées ci-dessus ;

« En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage est fixée par le Gouvernement après la consultation la plus large ;

« Il est instauré un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d’associations défendant la mémoire des esclaves, chargé de proposer, sur l’ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. La composition, les compétences et les missions de ce comité sont définies par un décret en Conseil d’Etat pris dans un délai de six mois après la publication de la loi no 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. »

Article 5

A l’article 48-1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, après les mots : « par ses statuts, de », sont insérés les mots : « défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants, ».

Lois mémorielles, une critique légitime.

Il y a plusieurs raisons de critiquer, une loi mémorielle, la première est qu’elle juge avec des valeurs d’aujourd’hui, des actes passés commis dans un contexte philosophique différent. En effet cette approche constitue un anachronisme flagrant, qui est absurde, d’autant que c’est parce que de tels événements ont été commis par le passé que, les valeurs d’aujourd’hui ont évolué. En effet, de ces atrocités commises est né une indignation qui permet aujourd’hui à la conscience collective d’avoir progressé. Se repentir sur le modèle du péché originel, en s’accablant d’actes sortis de leur contexte historique, que la morale moderne condamne, c’est donc faire preuve d’un raisonnement déconnecté de la réalité.

Le second point de critique, est la définition même, des contours du crime, et le fait qu’il soit inscrit dans la loi. En effet la définition retenue ne fait état que très partiellement, de l’avancée des recherches historiques sur le sujet, et pose cette vision parcellaire comme vérité inaliénable de la loi.  Les travaux historiques qui vont donc nuancer ou s’opposer à cette récupération politique de l’Histoire, sont potentiellement, attaquables en justice. Nous faisons face ici à une atteinte à la liberté historique, la loi ne fait pas l’histoire, ce sont les chercheurs qui doivent alimenter un débat dont nul ne peut déclarer la clôture.

Enfin dernier point, mais il en existe de nombreux autres, il concerne le concept de « place conséquente qu’ils méritent ». Quelle définition concrète donne-t-on à « place conséquente », quelle limite de temps, quelle approche ? La loi en plus d’être interventionniste est donc imprécise, cet article est d’ailleurs la base prise par le gouvernement, pour l’enseignement du « rôle positif de la colonisation », qui sera finalement abandonné. En somme l’existence de cette loi pose plus de problèmes qu’elle n’en règle, et  pour quel bénéfice ? Celui de calmer des revendications communautaristes. Ne serai-t-il pas plus sain de s’occuper du vivre ensemble, avant d’accabler de leurHistoire des peuples et des systèmes, qui ont largement fait leur auto critique puisqu’ils ont permis que de telles lois existes ?

Les commentateurs à œillères, donneurs de leçons devrait donc au lieu de se livrer à une « gueguerre » d’anathèmes, faire leur travail et tout en commentant pour les dénoncer les calomnies, donner au public le pouvoir de connaitre les critiques valables qui peuvent être formulées. Sinon, les commentaires seront stériles la défiance à leur égard de plus en plus grande et justifiée, parce que si ‘opinion public n’a pas forcément la capacité d’analyse suffisante, en revanche son intuition est aiguisé, il ressent les non dits et c’est là qu’il fait des choix vraiment extrêmes.

Madame Taubira est donc le chantre d’une vision philosophique et politique de la république très précise, à ce titre et dans la mesure ou cette vision est contraire à l’historique de la citoyenneté française, sa mise en cause est légitime et même de salut public.

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